
En seulement trois films, sous les regards bienveillants de Guillermo Del Toro et Steven Spielberg, Juan Antonio Bayona a acquis le statut de cinéaste-conteur des peurs et des beautés de l’enfance.
Si vous avez manqué le début : Conor, trop jeune pour être déjà un homme mais trop vieux pour être encore un enfant, subit la maladie de sa mère, l’absence de son père et le harcèlement de ses camarades de classe sans broncher, trouvant du réconfort dans ses rêves et ses croquis. Un soir, quelques minutes après minuit, le grand arbre qu’il était en train de dessiner prend vie et lui impose d’écouter trois de ses histoires avant de devoir lui en raconter une.
L’enfance, son éclat dans la souffrance et sa naïveté rafraîchissante soumise à l’épreuve de l’entrée dans l’âge adulte. Voilà ce qui intéresse avant toute chose le cinéaste ibérique. Dans le cinéma de Bayona, les enfants sont confrontés à la mort de manière surnaturelle (L’Orphelinat) ou mélodramatique (The Impossible) et expérimentent le lien indéfectible et viscéral qui les unit à leurs parents. Quelques minutes après minuit ne fait pas exception en mettant le jeune Conor face à notre plus grande peur : perdre ceux qui nous ont donné la vie.
A monster calls
L’angoisse de la séparation et de l’abandon, matrice de son cinéma, trouve refuge dans l’imaginaire. Bayona réussit alors là où Steven Spielberg a échoué (pour une fois) avec son Bon Gros Géant : nous redonner foi dans le pouvoir réconfortant et curatif de l’imaginaire. Comme ses pairs avec E.T., Le Géant de Fer ou le faune du Labyrinthe de Pan, Bayona offre à Conor un guide sous forme de monstre. Jouant avec les peurs et les ambivalences de l’enfance, où le méchant n’est pas toujours celui que l’on croit, il aborde la psychologie enfantine en fin pédagogue, avec une délicatesse et une pudeur salutaires.
La science des rêves
Confrontés à l’indicible, la colère et le déni, l’injustice que ressent Conor trouve une réponse dans ce monstre, aussi inquiétant que rassurant, qui trace en éclaireur une voie vers l’acceptation. Pour pallier à la douleur universelle du deuil, affronter la dure réalité et exorciser sa colère, Conor rêve (ou rêve-t-il ?) et la réalisation s’accompagne alors de séquences d’animation 2D sublimes, à l’univers onirique d’une incroyable richesse. En utilisant l’imaginaire, l’art et le pouvoir des mots comme refuges, le monstre et Bayona conduisent l’enfant à accepter l’inacceptable et, ainsi, à faire l’apprentissage de la vie, qui donne autant qu’elle reprend.
Magnifique.
