
Après deux ans en pointillé, année pleine pour les salles de cinéma. Ce sont à ces dix bijoux que nous repenserons en songeant à 2022, l’œil dans le rétro. Ce sont des météorites au pouvoir mémoriel ravageur, qu’il nous saisisse dans une ferme de Galice, sur les hauteurs d’Hollywood, sur les bords d’un lac québécois ou sous le casque d’un pilote d’avion de chasse.
As Bestas
de Rodrigo Sorogoyen

L’affrontement sourd entre un couple de bobos français prônant le retour à la terre et une fratrie de rednecks arriérés au fin fond de la Galice est le sommet de cinéma de cette année. Thriller rural employant les codes du western, As Bestas consume son spectateur, le pourchasse et l’étouffe d’une tension irrespirable. Rodrigo Sorogoyen, en vrai maître du suspense, construit son film en crescendos de plans fixes, sans esbroufe technique mais saisissants de nervosité. Guerre sociale sur fond de masculinisme toxique, xénophobie, vengeance et peur de l’autre, As Bestas est un film monstre. Une belle bête.
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Licorice Pizza
de Paul Thomas Anderson

Licorice Pizza est un état d’esprit, celui d’ados des seventies pour qui la vie est une opportunité et l’amour un sacré bordel. Tout en digressions joyeuses, le passage à l’âge adulte de Gary et Alana se fait au rythme d’un camion en panne d’essence qui dévale les collines d’Hollywood en marche arrière. Paul Thomas Anderson n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il lâche la bride et laisse ses personnages courir vers nous à travers l’écran.
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Decision To Leave
de Park Chan-wook

Thriller hitchcockien à la beauté vénéneuse, Decision To Leave dissimule un romantisme tragique absolu. Park Chan-wook base toute sa (remarquable) mise en scène sur l’obsession que ses protagonistes ont l’un pour l’autre. De sublimes sommets en dédales brumeux, ne restent bientôt plus que les vertiges de l’amour.
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Les Passagers de la nuit
de Mikhaël Hers

Des êtres un peu fragiles, un peu abîmés, se reconnaissent et s’enveloppent le temps d’une passade 80’s. Il fallait bien que les pudeurs jumelles de Charlotte Gainsbourg et Mikhaël Hers s’emmêlent un jour. Ils habillent tous deux Les Passagers de la nuit d’une délicate mélancolie.
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Enquête sur un scandale d’État
de Thierry de Peretti

Entre polar politique et film-dossier, Enquête sur un scandale d’État interroge la mission du journalisme d’investigation, désormais balayé par le flux continu. Quand la recherche de la vérité devient une obsession, Thierry de Peretti choisit l’ambiguïté plutôt qu’une conviction de circonstance. Un film ombrageux, imposant, brillant.
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After Yang
de Kogonoda

Et si les androïdes étaient capables de sentiments ? Entre le Blade Runner de Philip K. Dick et le A.I. de Steven Spielberg, Kogonoda questionne les notions de mémoire, de mortalité et de famille. Utopique et visionnaire, After Yang émeut en nous confrontant à notre propre humanité.
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Falcon Lake
de Charlotte Le Bon

De la forme balisée du teen-movie, Charlotte Le Bon tire un premier film solaire et fantasmagorique dont la poésie transcende les genres. Vouée à l’obsolescence programmée, l’adolescence est ici hantée, sensuelle et plus que jamais entre deux rives, celle d’un lac des Laurentides.
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Les enfants des autres
de Rebecca Zlotowski

Virginie Efira était partout cette année. Désarmante de fraîcheur et bouleversante de fragilité, c’est dans Les enfants des autres qu’on l’a préférée. Entre tendresse et intimité, Rebecca Zlotowski magnifie le rôle de ces mères qui n’en sont pas mais aiment tout autant, en dehors des liens du sang et malgré le tic-tac encombrant de l’horloge biologique. D’une intelligente justesse.
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Les Huit Montagnes
de Felix Van Groeningen & Charlotte Vandermeersch

« L’amitié est un lieu où on plante nos racines et qui reste là à nous attendre ». Celle de Pietro et Bruno, enracinée dès l’enfance, se cultive autant dans la présence que dans l’absence. Les spectaculaires sommets du Val d’Aoste comme seule boussole, ils se cherchent, se construisent, se perdent et se retrouvent, immuablement. Une quête de soi superbement mise en scène.
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Top Gun : Maverick
de Joseph Kosinski

Dans le face à face non-officiel qui oppose Avatar : la Voie de l’eau et Top Gun : Maverick pour le titre de blockbuster de l’année, je donne ma voix au film de Kosinski. Sans minimiser la maestria visuelle du premier ni céder aux sirènes nostalgiques du second, force est de constater que cette réécriture méta du mythe Tom Cruise est à la fois une réflexion intelligente sur le temps qui passe et un grand spectacle qui vous colle au siège à Mach 10.
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