
Cela fait plusieurs années que l’on suit le parcours de Matt Corby, surfer blond à la voix d’ange. À 25 ans et après une poignée d’EP aux succès colossaux sur ses terres australiennes, il dévoile enfin son premier album, Telluric. A-t-il bien fait de prendre son temps ?
La carrière de Matt Corby aurait pu s’arrêter avant même de débuter. Finaliste déçu de la version australienne de la Nouvelle Star à 16 ans seulement, on aurait pu faire de lui un ersatz de Kendji Girac, les Gipsy Kings en moins et les Beach Boys en plus. L’adolescent n’a répondu ni à la tentation ni à la facilité, a su se faire oublier et prendre son temps.
Étudiant la musique en autodidacte, les tubes en analysant leurs ressemblances, il compose cinq EP fabuleux aux confins de la pop et d’un folk intimiste. L’avant-dernier, Into The Flame, est certifié six fois platine et deux de ses chansons, les magnifiques « Brother » et « Resolution », sont élues Chansons de l’année en Australie.
Près de dix ans après ses débuts, il se décide enfin à sortir un album.
Nouvelle Star
Telluric, le nom qu’il a décidé de donner à son premier album, désigne les métaux précieux mais aussi toutes les matières terrestres, êtres humains compris. « Tu es poussière et tu redeviendras poussière »… Mêlant l’infiniment grand à l’infiniment petit, la musique de Corby nous exhorte à la communion mais aussi à l’intimisme.
Songwriter inspiré, voire habité, par le fantôme de Nick Drake, sur Telluric il s’écarte pourtant des sonorités folks par lesquelles il a débuté pour une exploration plus soul et jazzy. Bercé aux gospels et à la soul spiritual, il en saupoudre aujourd’hui sa musique, se faisant plus crooner.
Non loin d’un Jack Garratt qui favoriserait l’acoustique à l’électronique, il allie les murmures du cœur aux cris sourds de l’âme.
Une voix absolue
Telluric sort après deux ans de silence complet de Corby. Expatrié à Londres et perfectionniste à l’excès, il a utilisé chacun de ces 730 jours pour apprendre à jouer de chaque instrument dont il veut entendre le son sur son album. Celui qu’il maîtrise le mieux reste cependant sa voix. Cristalline, ronde, intense, il l’utilise de façon presque mystique sur « Monday » morceau magistral où il n’est accompagné que d’elle.
À chaque instant la voix de Matt Corby est un fil rouge, une constante ensorcelante que l’on suit les yeux fermés. S’il existait une voix absolue, ce serait la sienne. Elle habille la moindre image, le moindre songe, outrepasse la mélancolie et appose un baume apaisant sur toute âme blessée.
Captivant, Corby interpelle de la première consonne au dernier souffle de voyelle et en appelle au swing de Stevie Wonder sur « Sooth Lady Wine », à la soul moderne de James Blake sur « Belly Side Up », au R’n’B sucré de D’Angelo sur « Knife Edge », à la pop sensible de The National sur « Wrong Man », aux cordes raisonnantes de Jeff Buckley sur « Good To Be Alone »…
Ne reste plus qu’à découvrir si le charme magnétique du garçon et de ses chansons opère aussi sur scène. Nous sommes en tout cas prêts à nous laisser hypnotiser.
