
Il y a des jours comme ça où l’on se demande ce qui amène le public dans les salles de cinéma. Des jours où on a la chance de découvrir des perles rares comme Mustang, et où l’on se dit que c’est quand même injuste que ce ne soit pas ce film là qui affole le box office. Des jours où on décide que l’on va écrire sur un film car c’est l’un des plus beaux de l’année, tout simplement.
Si vous avez manqué le début : Fin d’année scolaire dans un village de montagne turc. Cinq jeunes filles en fleurs, sœurs, fêtent les vacances en jouant sur la plage avec des camarades. Des camarades garçons. Et dans les yeux de certains adultes, l’innocence a plutôt la couleur de la honte.
Mustang est le premier film de Deniz Gamze Ergüven, jeune franco-turque passée par la FEMIS, présenté en mai dernier à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Déjà un gage de qualité.
Cinq sœurs se retrouvent séquestrées par leur famille après que le regard biaisé d’adultes sur leurs jeux d’enfants les fassent passer de la liberté à la répression. Finis le libre arbitre et l’insouciance, après l’humiliation d’un test de pureté on les entraîne à devenir de parfaites femmes d’intérieur et leurs mariages sont arrangés en coulisses. Le titre du film, obscur de prime abord, s’avère être la métaphore parfaite du tempérament fougueux de ces filles à la crinière indomptable. Clairement divisé en deux parties, Mustang convoque à la fois les jeux d’une enfance insouciante et la prise de conscience que la post-adolescence leur coûtera leur liberté.
Coppola connexion
Le film suit d’abord Sonay, Selma, Ece, Nur et Lale, cheveux au vent dans une dernière rébellion, se repaître dans la chaleur d’un soleil d’été qui semble ne jamais vouloir les quitter. Complice ultime, il leur permet d’exposer encore leur corps et de jouer dans la lumière, tandis que les murs de ce qui est désormais leur prison se dotent de barbelés. Comment alors ne pas penser aux sœurs Lisbon, cinq elles aussi, que Sofia Coppola entouraient d’une lueur bienveillante dans son Virgin Suicides ? Comme Coppola, Ergüven filme les corps qui s’entremêlent dans la candeur d’une fin d’enfance, jusqu’à ce que le jeu devienne un combat pour la vie libre.
Rebel, rebel
Mais d’un corps à cinq têtes, les sœurs deviennent alors cinq individus qui doivent décider pour elles-mêmes de leurs vies futures. Accepter la voie tracée par leur famille ou refuser la soumission et fuir pour être libre. Lale, la petite dernière par qui nous suivons l’histoire, refuse catégoriquement de se plier à la condition féminine turque qu’on lui impose et dont elle voit l’effet dévastateur sur ses sœurs. D’un charisme incroyable, son interprète, Güneş Nezihe Şensoy, a un regard frondeur qui vous interpelle jusqu’au dernier plan.
Deniz Gamze Ergüven, tout comme Abderrahmane Sissako avec Timbuktu, a compris que pour contrer l’obscurantisme religieux, éblouir de fraîcheur et de joie était le meilleur moyen d’interpeller.
