
Un bon album, l’un de ceux qui marquent une année, se reconnaît à sa capacité à être un tout et pas juste une somme de chansons. Un bon album raconte une histoire en une dizaine de chapitres qui font tous sens les uns avec les autres. Voici ceux qui, de révélations en retours inespérés, de pop-oésie française en folk norvégienne, resteront les plus belles histoires de 2021.
Feu ! Chatterton
« Palais d’argile »

Ce nouvel album de Feu ! Chatterton est un kaléidoscope tourbillonnant où se percutent chanson française, rock, electro et poésie. Car oui, Prévert côtoie Yeats dans les envolées flamboyantes d’Arthur Teboul. Mais la force de Palais d’argile réside surtout dans ses thématiques aux résonances prophétiques sur le non-sens de la société et de l’époque. Un album profondément libre et insaisissable, qui se lit presque autant qu’il s’écoute, nous laissant aux confins des contraires.
La chanson coup de cœur : « Libre »
IDLES
« Crawler »

Faute de pouvoir exulter et défendre Ultra Mono sur scène pour cause de crise sanitaire, IDLES a continué à composer.
La guitare de Mark Bowen et les cordes vocales de Joe Talbott n’ont pas eu le temps de refroidir. La rage contemporaine et sociale qui étreint les révoltés de Bristol est toujours on ne peut plus présente.
Et c’est magni-fucking-fique.
La chanson coup de cœur : « Crawl ! »
Balthazar
« Sand »

Dandys de grands chemins, les Balthazar allient depuis Fever (2019) le rock de leurs débuts à des sonorités plus électroniques.
Se faisant presque crooner, Maarten Devoldere et sa voix chaude chaloupent au cœur des cuivres funky de Sand, album sensuel et enlevé.
Il s’agirait de danser maintenant.
La chanson coup de cœur : « Linger On »
Sufjan Stevens & Angelo De Augustine
« A Beginner’s Mind »

Un ange passe… Voire deux.
Petit protégé de Sufjan Stevens, on ne remerciera jamais assez Angelo De Augustine d’avoir remis son mentor sur la voie d’une folk intimiste qu’il avait abandonné voilà près de six ans, après le doux Carrie & Lowell.
Inspirés de coups de cœur cinématographiques, les morceaux d’A Beginner’s Mind sont une suite de petits miracles sensibles et enveloppants.
La chanson coup de cœur : « Back To Oz »
Arlo Parks
« Collapsed In Sunbeams »

Arlo Parks a 20 ans mais c’est sans nul doute une vieille âme, déjà capable d’explorer des thèmes aussi immémoriaux que l’amour, la quête de soi ou l’addiction en nous donnant l’impression qu’on les découvre avec elle. Voix de la néo-soul britannique aux côtés de Jorja Smith ou Joy Crookes, ses chansons joignent l’intime à l’universel pour porter toute la dualité des millenials. La jeune anglaise rassure ceux que l’époque effraie : ils ne sont pas seuls.
La chanson coup de cœur : « Too Good »
Parquet Courts
« Sympathy For Life »

Onze ans d’existence et huit albums plus tard, la place prépondérante de Parquet Courts sur la scène rock contemporaine n’est plus à faire.
Si leurs refrains et riffs (imparables) se font plus groovy depuis Wide Awake (2018), le quatuor de Brooklyn convoque toujours autant le rock underground des seventies où l’insolence le dispute à la morgue.
Sympathie pour la vie, tu m’étonnes.
La chanson coup de cœur : « Marathon Of Anger »
Orelsan
« Civilisation »

Orelsan s’était permis une introspection lucide et sensible avec La fête est finie. Il revient quatre ans plus tard aussi engagé qu’enragé. S’il se défend d’être politisé (« J’suis pas concerné par la société, j’suis un putain d’artiste » – « Manifeste »), c’est pourtant avec noirceur et malheureusement lucidité qu’il croque une époque glaçante. De ses punchlines fracassantes c’est la société qu’il dégomme au lance-flammes, harangué par l’odeur de l’essence.
La chanson coup de cœur : « Manifeste »
Kings Of Convenience
« Peace Or Love »

Douze ans que l’on attentait de pouvoir se replonger dans la pop ouatée des norvégiens de Kings of Convenience. Sans fanfare ni trompettes, presque comme s’ils nous avaient quitté hier, Erlend Øye et Eirik Glambek Bøe rechaussent leurs guitares comme si de rien n’était. Les mélodies sont solaires, presque surannées tant rien ne semble avoir changé en une décennie pour ces Simon & Garfunkel scandinaves. Feist vient même glisser son joli brin de voix sur quelques morceaux, confirmant que Quiet is still the new loud.
La chanson coup de cœur : « Rocky Trail »
Parcels
« Day/Night »

Un album réussi est un album dont la construction et l’agencement ont une logique, une progression. Day/Night, le 2è effort des australiens, est de ceux-ci. Conceptuel mais toujours dans la veine disco-pop qui a fait son succès, l’album du quintet lui donne de l’ampleur, plus introspectif et orchestral. Les arrangements soignés et une savante efficacité mélodique ont rendu Parcels tout bonnement incontournables cette année.
La chanson coup de cœur : « Somethinggreater »
Ruby Haunt
« Watching The Grass Grown »

Si Joy Division flirtait avec Cigarettes After Sex, le fruit de leurs ébats pourraient s’appeler Ruby Haunt.
Minimaliste, leur cold wave s’avère rêveuse et romantique, point de départ d’un voyage où l’on surferait des vagues de dream pop atmosphérique. Un joli secret dont le murmure s’évanouit dans l’écho d’une guitare éthérée et d’une voix mélancolique.
La chanson coup de cœur : « Somethinggreater »
