
Année difficile pour les salles de cinéma, ouvertes en pointillés. Qu’importe, les perles qui resteront tiennent du quasi miracle. Ces dix bijoux brilleront dès que nous repenserons à 2021, l’œil (humide) dans le rétro. Ce sont des météorites au pouvoir lacrymal ravageur, qu’il nous saisisse sur les hauteurs d’Oslo, à la fenêtre d’un moulin, sur les pentes de l’Himalaya ou sous le casque audio d’un jeune conscrit.
Julie (en 12 chapitres)
de Joachim Trier

Il y a parfois des regards qui vous bouleversent. Celui de Renate Reinsve s’emplissant de larmes lors d’un coucher puis d’un lever de soleil sur Oslo est de ceux-là. Entre les deux se joue la quête, si familière, de soi et d’un autre dont la solitude s’accorderait avec la nôtre. Mélancolique et douloureux mais aussi lumineux, drôle et sexy, Julie (en 12 chapitres) témoigne d’une génération qui a envie d’être tout et son contraire, plus insaisissable qu’indécise, qui se cherche et court après le bonheur sans toujours savoir le reconnaître. Du cinéma pour les gens qui doutent de réussir à s’aimer un jour mais continuent d’essayer.
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West Side Story
de Steven Spielberg

Steven Spielberg réalise sa première comédie musicale et on se demande pourquoi ça n’est pas arrivé plus tôt tant sa mise en scène est une démonstration de maîtrise et de légèreté. Il ne faudrait tout de même pas oublier qu’il reste avant tout le plus grand raconteur d’histoires de notre époque et que West Side Story est la plus universelle de toutes. Les amours impossibles, la peur de l’autre, l’injustice sociale, le patriarcat… Autant de thèmes déjà présents en 1957 et dont Spielberg ne fait que rappeler la navrante actualité. Le propos reste politique, la musique est connue, Ariana DeBose virevoltante et l’émotion éternelle. Mais de cynisme il ne saurait être question tant la mission de Spielberg a toujours été d’embellir et de faire réfléchir le monde grâce à l’art. Mission une fois de plus réussie.
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Annette
de Leos Carax

Anti-comédie musicale introduite par un morceau de bravoure complètement meta (« So may we start »), Annette réunit lyrisme et noirceur. À cheval entre le conte et l’opéra, le film désarçonne, transcendé par la partition lyrique des Sparks et l’incandescence d’Adam Driver. Carax est d’une audace fiévreuse dans sa satyre cruelle de l’entertainment mais sa plus belle réussite est de nous avoir fait croire à Annette.
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Onoda, 10000 nuits dans la jungle
d’Arthur Harari

Le destin de ce soldat japonais qui n’a jamais appris la reddition de son pays et a poursuivi la 2nde Guerre Mondiale pendant près de 30 ans sur une île du Pacifique est en soi captivant. Arthur Harari construit une proposition immersive de près de 3h, fascinante lorsqu’elle fait de la folie une question de point de vue et de devoir. Malick et Herzog planent au-dessus de cette chimère où le spectateur est impliqué comme rarement. La tragédie pourrait virer au pathétique mais c’est pourtant la tendresse qui nous étreint au moment où Onoda San se confronte à la possibilité d’une liberté.
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Dune
de Denis Villeneuve

Il aurait pu être effrayé par la densité et la réputation inadaptable de Dune, mais après Blade Runner 2049 Denis Villeneuve confirme qu’il réussit à donner une âme aux blockbusters. Intense, épique et ambitieux, Dune place l’humain au cœur du monumental. Sublimé par la photographie de Greig Fraser, le film ne perd jamais ses personnages au sein du spectacle visuel. Les bases de la mythologie sont nettes, les fondations solides, ne reste plus qu’à transformer l’étincelle de cette introduction en brasier pour sa suite.
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Le dernier duel
de Ridley Scott

Dans une narration d’une contemporanéité confondante Ridley Scott dissèque la violence du patriarcat. Classique mais efficace dans son traitement formel, Le dernier duel trouve son originalité et sa force dans sa structure. Formée de trois chapitres comme autant de points de vue, tous scellés par l’intense performance de Jodie Comer, le constat est amer : la vérité importe peu tant qu’elle ne contraint pas la brutalité, le pouvoir et l’honneur des hommes.
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Bergman Island
de Mia Hansen-Løve

J’ai rarement eu autant envie de vivre dans des films que dans ceux de Mia Hansen-Løve et leurs étés sans fin. Son dernier long-métrage est un écrin solaire aux amours perdus, où la vie se nourrit de la fiction et vice versa. Vicky Krieps, Anders Danielsen Lie et Mia Wasikowska y sont de parfaites incarnations de la délicate mélancolie de Mia Hansen-Løve elle-même. Carrefour narratif où rêves, fantasmes, souvenirs et imagination s’entremêlent sur l’île de Fårö, Bergman Island est une déclaration d’amour au cinéma. Et s’il était une clé pour nous aider à mieux comprendre le monde et ainsi mieux y vivre ?
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Tick, Tick… BOOM !
de Lin-Manuel Miranda

J’y suis allée en néophyte de Broadway mais force est de constater que l’énergie déployée par Lin-Manuel Miranda pour rendre hommage à Jonathan Larson est exaltante. Ode à la persévérance, à une industrie, au talent et à toute une génération, Tick, Tick… BOOM ! met parfaitement en scène l’urgence de Larson à réussir, comme s’il savait que le temps lui filait entre les doigts. Andrew Garfield l’incarne avec le talent immense qu’on lui connait, jonglant entre l’euphorie et la tristesse de ceux qui savent que leur art peut changer le monde.
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Le Sommet des Dieux
de Patrick Imbert

Adapté du manga de Jirō Taniguchi, Le Sommet des Dieux confirme l’excellente santé de l’animation française. Mêlant enquête journalistique et quête de sens sur les pentes de l’Everest, le film tente de comprendre la soif d’absolu des obsessionnels de l’altitude. Grâce à cette expérience vertigineuse magnifiée par la mise en scène sans apesanteur de Patrick Imbert, la montagne conserve le mystère de son ivresse des cimes.
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Les Magnétiques
de Vincent Maël Cardona

La dernière place du top 10 est toujours réservée à un film révélation, à un pari. Cette année aucune autre première œuvre ne m’a semblé aussi équilibrée et sincère que celle de Vincent Maël Cardona. Suintant le rock des eighties, Les Magnétiques utilise le son comme moyen d’expression et rappelle à notre bon souvenir cette époque où les compils étaient un outil de séduction. Thimotée Robart personnifie à la perfection les rêves qu’on lance à la volée, incertain d’avoir ne serait-ce que le droit de les envisager.
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