Good vibrations, le meilleur des biopics musicaux

Après les Oscars de Bohemian Rhapsody, voilà que le biopic musical trouve une place dans la sélection cannoise avec Rocketman. De quoi acheter une respectabilité au genre, même si savoir allier puissance de la musique, personnages hors du commun et fluidité de mise en scène n’est pas chose aisée. Voici donc les dix virtuoses dotés de cette oreille absolue.

Par Marine Bienvenot & Christophe Chadefaud


Amadeus de Milos Forman (1984)

Genre musical : Symphonie des grandeurs.

Partition : Wolfgang Amadeus Mozart. Le génie. Le fou. L’éternel enfant. L’insolent. Milos Forman compose sa plus grande partition en creusant du côté de la rivalité entre Salieri, compositeur officiel de la cour de Vienne, et ce cyclone habité d’une musique divine qu’était Mozart. Salieri, le confident. Salieri, le rival silencieux. Salieri, le bourreau de Mozart ? Une hypothèse de l’Histoire (la grande) qui donne un souffle tragique à ce tourbillon créatif de symphonies éternelles.

Good vibrations : 99 %


I’m Not There de Todd Haynes (2007)

Genre musical : Idée folk.

Partition : Todd Haynes est scandaleusement doué (gloire à lui). Tellement d’ailleurs qu’il ne craint pas de disséquer Bob Dylan (rien que ça) pour mieux en apprécier les nuances. Christian Bale, Heath Ledger, Ben Whishaw, Cate Blanchett, Richard Gere et le jeune Marcus Carl Franklin incarne chacun une part différente de la vie de Dylan, et donc un homme à chaque fois réinventé : l’enfant, le chanteur engagé, la superstar, le comédien, le prophète, le hors-la-loi. Une idée folk qu’on vous disait, dont l’incroyable ambition n’a d’égal que la tenue de ce kaléidoscope de Dylan.

Good vibrations : 95 %


Control d’Anton Corbijn (2007)

Genre musical : Cold wave brûlante.

Partition : Photographe rock par excellence, les clichés en noir et blanc contrastés d’Anton Corbijn ont fait sa renommé. Ce ne fut pas étonnant de le voir choisir comme sujet de son premier film Ian Curtis, musicien surdoué mais torturé, qui révolutionna le rock anglais sans s’en rendre compte et sans en récolter les fruits. Épilepsie, adultère et début d’un succès trop lourd pour lui eurent raison du leader de Joy Division, qui se suicida à 23 ans seulement. Froid, fiévreux, granuleux et aérien, Control est le biopic d’un artiste par un artiste.

Good vibrations : 92 %


Walk The Line de James Mangold (2005)

Genre musical : Redemption song.

Partition : La timeline classique du biopic (ascension, chute, rédemption) est clairement respectée dans le film de James Mangold. Cela aurait pu être son talon d’Achille, mais porté par les interprétations habitées de Joaquin Phoenix et Reese Witherspoone, Walk The Line devient le reflet en musique d’une incroyable histoire d’amour : celle de l’homme en noir et de sa June. Sans écarter les zones d’ombres de Johnny Cash, le film de Mangold permet de mieux comprendre les fêlures de l’homme et d’apprécier d’autant plus les talents du conteur et du musicien.

Good vibrations : 90 %


Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar (2010)

Genre musical : poèmes en chansons.

Partition : Pas question pour Joann Sfar de suivre le fleuve tranquille d’un biopic linéaire. Serge Gainsbourg est une légende dont il va sublimer l’histoire. Aux mots du poète, Sfar marie son univers graphique pour créer une sensation de rêve éveillé. L’incarnation d’Eric Elmosnino tient du miracle de mimétisme, quand d’autres que lui s’emparent avec audace de personnages tout aussi iconiques : Philippe Katherine s’approprie la verve de Boris Vian, Lætitia Casta embrase la sensualité scandaleuse de Bardot, Sara Forestier joue l’ingénuité de France Gall. Une vie héroïque pour un film qui transcende le mythe Gainsbourg.

Good vibrations : 89 %


Velvet Goldmine de Todd Haynes (1998)

Genre musical : glam rock en stock.

Partition : Un puzzle de paillettes sur la scène british des 70’s, l’âge d’or du glam rock et ses stars inimitables. Todd Haynes (toujours lui) invente deux bêtes de scènes, l’une sur la base de Bowie et de son alter-ego Ziggy Stardust (ici campé par Jonathan Rhys Meyer), l’autre en puisant chez Iggy Pop et Lou Reed (qu’interprète Ewan McGregor). Entre outrance et provoc’, cette intrigue à temporalité multiple se révèle aussi complexe que passionnante, comme un kaléidoscope de strass qui confine à l’hypnose.

Good vibrations : 82 %


Les Doors d’Oliver Stone (1990)

Genre musical : Rock on fire.

Partition : Feu follet du rock des sixties, Jim Morrison est érigé en icône absolue d’une certaine époque, mystifié par une disparition précoce. Poète maudit, sex symbol involontaire, leader charismatique… C’est à une telle personnalité que doit s’attaquer Val Kilmer dans le film qu’Oliver Stone décide de consacrer aux Doors en 1990. S’il arrive à faire des Doors un trip planant et habité sur la personnalité trouble de Morrison, dommage que Stone occulte les autres membres du groupe et oublie l’élément essentiel à un biopic musical : la musique.

Good vibrations : 48 %


8 Mile de Curtis Hanson (2001)

Genre musical : Battle royale.

Partition : Qui aurait cru qu’un blanc-bec de Detroit deviendrait un cador du rap game east coast ? Qui aurait cru que ce même blanc-bec serait capable de porter sur ses épaules un film semi-autobiographique, alors même qu’il n’avait jamais fait l’acteur (et ne le referait jamais) ? Curtis Hanson capte le flow du milieu et Eminem prête son âme à celui qui rappe plus qu’il ne respire, aidés par une bande-originale devenue culte. Un biopic rap à la réussite pour le moment inégalée.

Good vibrations : 76 %


Love & Mercy de Bill Pohlad (2015)

Genre musical : Surf pop schizophrène.

Partition : Loin du classicisme affiché de certains biopics, Love & Mercy utilise la popularité des Beach Boys pour raconter l’intimité de son leader, Brian Wilson, compositeur surdoué tombé dans la folie et les excès. Bill Pohlad utilise la musique comme point d’entrée dans la psyché torturé de Wilson et fait de son film une aventure sensorielle intense. Paul Dano et John Cusack incarnent dans une chronologie éclatée, les deux visages d’un homme entre folie créatrice et apaisement amoureux. Love & Mercy, prouve que le biopic doit être avant tout au service d’une histoire. Et de la musique.

Good vibrations : 94 %


Les Commitments d’Alan Parker (1991)

Genre musical : Chair de soul.

Partition : Petit pas de côté avec ce biopic d’un groupe imaginaire. Jimmy Rabbitte est un jeune rêveur qui veut apporter la soul music à Dublin, celle d’Otis Redding, de Wilson Pickett et d’Aretha Franklin. Son groupe, The Commitments, brillera avec la beauté d’une comète. Alan Parker (Midnight Express, Mississipi Burning, Birdy, c’est lui) suit les engueulades titanesques et les fanfaronnades de son patchwork de grands ados attachiants et un brin paumés de la working class irlandaise pour mieux laisser jaillir la magie de leurs voix d’or. Vibrant comme la vie, rebelle comme l’adolescence, Les Commitments est à consommer (sans modération) bien frais avec une bonne Guinness.

Good vibrations : 81 %


Et une petite playlist pour accompagner votre lecture. Musique de et inspirée par les légendes de ces biopics.

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