
Alors que depuis Winter’s Bone Jennifer Lawrence a eu le temps de devenir la reine d’Hollywood, Debra Granik, sa réalisatrice, n’était réapparue sur nos radars que le temps d’un documentaire en 2014 (Stray Dog). Elle est enfin de retour avec Leave No Trace, où elle poursuit son exploration de l’Amérique des précaires et des laissés-pour-compte.
Si vous avez manqué le début : Père cabossé par le deuil de son épouse et les traumatismes de l’une de ces guerres inutiles que l’Amérique impose à ses concitoyens, Will vit en marge avec sa fille, Tom, dans les forêts humides de l’Oregon. Jusqu’au jour où les autorités viennent les déloger et leur imposent une réinsertion sociale.
Sept ans après avoir révélé Jennifer Lawrence dans l’âpre Winter’s Bone, et malgré l’engouement suscité par ses quatre nominations aux Oscars, Debra Granik a eu du mal à financer son nouveau projet. Il faut dire qu’en marge de l’industrie hollywoodienne, la réalisatrice prend le temps de s’immerger dans les contrées, les communautés et les histoires qui nourrissent son cinéma, souvent à la frontière de la fiction et du documentaire.
Elle s’intéresse cette fois-ci encore à l’Amérique des petites gens. Ceux qui préfèrent se faire oublier dans un coin de mobile-home plutôt que de servir le grand capital. Celle des vétérans qui se retrouvent SDF, à dealer leurs traitements contre le stress post-traumatique en échange de vivres. Celle d’un père qui n’a trouvé que l’auto-subsistance en milieu naturel pour s’extraire de la brutalité du monde.
Into the wild
Cette existence marginale en rejet de la société peut faire penser au récent Captain Fantastic, mais Leave No Trace n’en possède pas le côté utopique. Porté par le magnétisme de Ben Foster et la candeur de la révélation Thomasin McKenzie, incarné par la caméra minérale et presque organique de Granik, le film ne tombe pas non plus dans la noirceur à l’excès.
Malgré son introduction survivaliste, il laisse à voir une errance délicate et harmonieuse seulement stoppée par l’incompréhension de ceux pour qui ce mode de vie n’a rien de normal ou d’épanouissant. Arrachés à la nature pour retrouver la civilisation, ses codes, ses jugements et ses obligations, forcés de se conformer à un moule domestique qui ne leur correspond pas, la cohabitation du père et de la fille est remise en question.
À la croisée des chemins
Lassée de devoir vivre aux aguets, de toujours fuir, Tom découvre au gré des rencontres le bonheur simple d’avoir un foyer, des voisins, une communauté auprès desquels s’ancrer. Debra Granik laisse alors le choix, à ses protagonistes comme aux spectateurs, d’emprunter des sentiers différents.
Les désirs d’émancipation de la fille ne sont pas moins important que ceux de totale solitude du père. En acceptant que leurs aspirations ne sont pas compatibles mais aussi respectables l’une que l’autre, Will et Tom se font le plus beau des cadeaux : laisser le choix à l’une et la liberté à l’autre.
