
La sortie du précieux This is not a love story nous replonge dans ces films sur l’adolescence touchés par la grâce. Et parce qu’on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, on a fait le tri de ces merveilles à (re)découvrir encore et encore.
Par Marine Bienvenot et Christophe Chadefaud
Breakfast Club
de John Hughes (1985)

Ados type : Le sportif, le cerveau, le rebelle, la reine du bal et la détraquée. Vous et moi quoi.
Leurs histoires : Cinq adolescents aux personnalités de prime abord fort éloignées, se retrouvent en retenue ensemble tout un samedi avec un sujet de dissertation commun : « Qui pensez-vous être ? ». L’occasion, en tuant le temps, de se rendre compte qu’ils ne sont peut-être pas si différents les uns des autres.
Sortie de crise : Sur l’arbre généalogique des « coming of age movies » (ces films sur le passage à l’âge adulte), Breakfast Club serait tout en haut, celui dont les autres découlent. Comédie étendard d’une jeunesse qui souhaite être prise pour ce qu’elle est, à savoir des adultes en devenir, Breakfast Club est devenu un objet culte. Le film de John Hughes fait claquer la rage et la remise en question inhérentes à cet âge que l’on appelle ingrat, où les apparences sont souvent plus que ce qu’elles laissent paraître. On ne peut plus moderne, intemporel, Breakfast Club prône le connais-toi toi-même. Mais toujours le poing levé.
Le monde de Charlie
de Stephen Chbosky (2013)

Ado type : Charlie, adolescent largué, mystérieux mais éminemment touchant.
Son histoire : Weirdo lunaire, Charlie n’attire pas les foules dans son nouveau lycée. Précoce pour les plus bienveillants, taré pour les bas du front, son expérience lycéenne est compliquée. Jusqu’au jour où deux terminales, eux aussi en marge, le prennent sous leurs ailes. Mais pour profiter pleinement de sa jeunesse, Charlie doit se délester du poids de son passé.
Sortie de crise : On ne l’avait pas vu arriver, cette petite bulle d’adolescence vouée à toucher une génération entière. Le Monde de Charlie, délicat, dur, pudique et respirant les plus belles expérimentations de la jeunesse, est un petit bout de bienveillance. L’adolescence ne se vit pleinement qu’entourée d’une bande d’amis avec qui tout découvrir, tout supporter. C’est cet âge d’or qui est particulièrement bien dépeint dans le film de Stephen Chbosky : celui où l’on accepte de renoncer à ses peurs et à ses douleurs d’enfant pour, enfin, devenir un adulte épanoui. Et immortel.
Virgin Suicides
de Sofia Coppola (2000)

Ados type : Lux, Mary, Therese, Cecilia et Bonnie, les solaires sœurs Lisbon.
Leurs histoires : Cecilia Lisbon tente, un jour, de se suicider. C’est tout le reste de la famille qui est désormais sous les projecteurs. Racontées par quatre voisins énamourés, l’histoire des sœurs Lisbon est presque une odyssée. Une quête sur la fascination et les questions, sans réponses, du pourquoi du mal-être adolescent.
Sortie de crise : Virgin Suicides est le premier film de Sofia Coppola qui, on le sait maintenant, dédie une bonne partie de son œuvre au spleen adolescent en général, et féminin en particulier. Elle filme comme jamais la douceur et la mélancolie adolescentes dans ce petit bijou suranné où l’ennui flirte avec la fascination. La découverte d’un pouvoir d’attrait féminin et la peur de celui-ci sont le point d’ancrage de cette ritournelle enchanteresse, portée par la partition tout en légèreté d’Air. Chef-d’œuvre.
Boyhood
de Richard Linklater (2014)

Ado type : Mason, de A à Z. Du moins de sa plus tendre enfance jusqu’à son entrée dans l’âge adulte, en avance rapide.
Son histoire : De douze ans de vie, Richard Linklater a décidé de faire trois heures de film. Boyhood est un projet hors du commun sorti du cerveau pas tout à fait construit comme le nôtre de Richard Linklater (Before Sunset, Génération Rebelle…). De 6 à 18 ans, il a suivi la vie de jeune homme en construction de Mason, nourrie par les propres expériences de son acteur, Ellar Coltrane. On le voit évoluer, mûrir, expérimenter et traverser la vie d’un enfant, puis d’un ado des années 2000. L’expérience est si saisissante qu’au bout de 2h45, on a l’impression de ne pas l’avoir vu grandir.
Sortie de crise : La réussite de Boyhood réside dans son exploration de la normalité. Mason grandit, mûrit, vieillit, aime, s’émerveille, souffre, se cherche, au fil de la pellicule. Comme vous, comme nous, comme tout un chacun. Le film devient, de ce fait, générationnel, morphing d’une vie et radiographie des années 2000. Un moment suspendu qui vous saisit, vous pousse à vous retourner sur votre passé et à chercher de quoi votre avenir sera fait.
States of Grace
de Destin Cretton (2014)

Ados type : Marcus, Jayden, Sammy … Des adolescents broyés par la vie qui tentent de se reconstruire dans un foyer, le Short Term 12.
Leurs histoires : Grace (Brie Larson) est éducatrice pour adolescents en difficultés. Elle même à peine sortie de cet âge perturbant, elle fait face à ses propres démons en s’occupant des leurs. Forcée de revenir sur son passé et les fantômes qui l’habite encore pour donner une chance à son avenir, Grace s’investit, trop peut-être, auprès de Jayden, nouvelle venue en qui elle se retrouve.
Sortie de crise : States of Grace est un film rare. Cette chronique pavée de tranches de vies où la simplicité côtoie le sublime évite le pathos tout en sachant conserver une extrême sensibilité. Passant du rire aux larmes, les portraits de Destin Cretton, lui-même ancien éducateur, semblent si sincères que la frontière entre documentaire et fiction est parfois fine. Il porte ses personnages cabossés par la vie dans la lumière, enveloppés d’une bienveillante délicatesse. Savoir reconnaître que la beauté peut émerger derrière les moments les plus durs de la vie fait de States of Grace un plaidoyer saisissant sur l’adolescence. Un film précieux qui te broie et te réchauffe le cœur dans la même minute.
Elephant
de Gus Van Sant (2003)

Ado type : L’ado flingué.
Leurs histoires : C’est celle d’ados ordinaires, bientôt marqués à jamais par l’horreur. La fusillade du lycée de Columbine est dans tous les esprits, et certainement dans celui de Gus Van Sant, lorsqu’il réalise Elephant.
Sortie de crise : Protecteur, Gus Van Sant prend des archétypes de jeunes (l’angélique, l’artiste, le sportif…) pour les envelopper dans la lumière, et leur offrir un dernier paradis que l’on sait bientôt perdu. Un film en apesanteur, bouleversant.
La fureur de vivre
de Nicholas Ray (1956)

Ado type : Le rebelle, le vrai.
Son histoire : À 17 ans, Jim Stark est le petit nouveau de son lycée de Los Angeles. Il traverse son adolescence comme il peut, avec une mère castratrice, une figure paternelle en toc et sous l’œil hostile des institutions. Son intégration à la Dawson High School va être rock’n’roll.
Sortie de crise : Fini les années 1930-40 et ses ados idéaux façon Mickey Rooney et Judy Garland ! James Dean est l’incarnation de la rébellion qui va secouer la jeunesse des années 1950-60. Les démons personnels de Dean, sa dualité, sont une véritable tornade de sentiments inhérents à l’adolescence, que La Fureur de vivre parvient parfaitement à catalyser.
This is not a love story
d’Alfonso Gomez Rejon (2015)

Ado type : Greg Gaines, l’ado caméléon qui copine avec tout le monde pour n’avoir de problèmes avec personne.
Son histoire : Greg n’attend qu’une chose de ces années lycée, leur fin. Alors quand sa mère lui ordonne de reprendre contact avec la fille d’une amie, atteinte d’une leucémie, ça contrecarre légèrement les plans de celui qui a décidé de ne s’attacher à personne. Ben oui, on évite ainsi bien des problèmes, à l’âge où un regard de travers à la cantine peut changer à tout jamais ta destinée d’être humain en devenir.
Sortie de crise : La maladie chez l’adolescent, Hollywood l’avait déjà abordée de manière ultra-pompière avec le lacrymal Nos étoiles contraires. C’est tout l’opposé que propose ici Alfonso Gomez Rejon. Avec This is not a love story, il déploie des trésors d’imagination et de sensibilité pour lutter contre la perte, qu’elle soit d’un être cher ou de son innocence. Ce chemin de croix, marqué par la tragédie, est pourtant d’une douceur enveloppante où la peur finit par laisser place à une confiance en soi et en l’autre touchante.
Le cercle des poètes disparus
de Peter Weir (1990)

Ados type : Neil Perry, Todd Anderson, Knox Overstreet et tous les autres élèves de l’académie huppée et ultra compétitrice de Welton.
Leurs histoires : Envoyé par ses parents dans le Vermont pour suivre les traces de son illustre grand-frère, Todd (Ethan Hawke) intègre la Welton Academy, école préparatoire de luxe pour qui souhaite devenir ministre. Ou avocat de ministre. Ou médecin de ministre. Au milieu de professeurs vantant l’excellence à tout prix, John Keating, professeur de lettres, détonne. Les encourageant à embrasser leur liberté au son du Carpe Diem, il les pousse à recréer le Cercle des poètes disparus.
Sortie de crise : Oh captain, my captain ! Porté par l’élégance, la malice et l’intelligence de Robin Williams, Le Cercle des poètes disparus met en lumière cette jeunesse certes aisée, mais aussi enfermée dans le carcan d’une obligation de réussite. En mentor d’esprits libres, John Keating marqua des générations d’adolescents, plus ou moins rebelles. Mais le film de Weir aborde aussi la noirceur et l’impression, chez certains adolescents, de ne jamais pouvoir être quelqu’un d’autre que ceux qu’ils sont amenés à devenir dans l’imaginaire de leurs parents. Sombre et lumineux, porteur d’espoir et de limites, Le Cercle des poètes disparus a marqué des générations de rêveurs.
Donnie Darko
de Richard Kelly (2001)

Ado type : L’insaisissable.
Son histoire : Donnie est bien des choses. Schizophrène à tendance paranoïaque pour sa psy, asocial pour ses profs, il est traversé de visions d’un monde qui s’écroule.
Sortie de crise : Au-delà des projections qu’on lui renvoie de lui-même comme autant de sentences définitives sur qui il est vraiment, le personnage de Donnie fascine. Ce premier long métrage de Richard Kelly est une chronique de l’adolescence troublante, mâtinée de fantastique, un jeu de miroirs dans un monde définitivement gangrené. Un petit prodige.

